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Entre Pacifisme et Solidarité – Questions sur Questions après les attentats de novembre 2015 à Paris…, par Anna Schoon, Doctorante HU Berlin, 30/11/2015

5. Dezember 2015, von Muriel von Dungern · Keine Kommentare

 Cours de français C1 « La politique française, le réseau européen et l’engagement international » / HU Berlin / Sprachenzentrum / M. v. Dungern

Mes premières réactions aux attentats du 13 novembre étaient les mêmes que partout dans le monde : le choc, la tristesse, la compassion, l’inquiétude ainsi que la question « pourquoi ? ». Pourquoi ces 130 personnes ont-elles dû mourir ? Pourquoi ces jeunes hommes ont-ils dû tuer ? Pourquoi cette haine ?

Mais au cours des discussions en classe et basé sur ce que j’ai lu dans les journaux et sur l’internet, j’ai commencé à me poser des questions bien différentes.

Des questions comme :

Est-ce que c’est juste d’appeler les événements une « attaque sur l’humanité » ? Pourquoi exactement la France représente-t-elle « l’humanité » ?

Le 12 novembre, il y avait un attentat à Beyrouth où 43 personnes ont été tuées dans un double attentat à la bombe. Les réactions dans les médias internationaux étaient « mesurées ». En conséquence, la question d’un bloggeur libanais semble très justifiée : « Est-ce que les vies Arabes ne comptent pas ? » (14 novembre 2015, www.stateofmind13.com). Malheureusement, il y d’autres exemples qui apparemment n’ont pas affecté « toute l’humanité » : l’attentat d’Ankara du 10 octobre avec 97 de morts, l’attentat à l’Université de Garissa où 143 étudiants ont été exécutés en avril 2015 ou la terreur de Boko Haram qui tue, viole ou kidnappe d’une façon incontrôlée dans l’Afrique de l’Ouest.

Donc, est-ce que les vies ou plutôt des morts des personnes des pays riches et non-Arabes comptent plus ? Bien sûr, on peut argumenter que la France est plus proche – en distance et ‘culture’ – que le Liban, le Kenya, le Nigéria, le Tchad ou le Cameroun… Mais est-ce que cela n’invite pas à poser la question embarrassante de l’Eurocentrisme ? Une question qu’un bon nombre de pays européens aimeraient bien déclarer futile.

Est-ce que le nationalisme est tellement une bonne réponse au fondamentalisme religieux ?

En cours, nous avons regardé une vidéo des gens qui attendaient la permission de quitter le stade de France la nuit des attentats et qui ont commencé à chanter la Marseillaise pour exprimer la solidarité et pour se donner du courage. En plus, on a aussi parlé de la popularité actuelle de l’armée française. Comme réaction sur la situation économique difficile et les attaques sur Charlie Hebdo en janvier 2015, l’armée française observait une considérable augmentation des candidatures. Pourtant, les images que l’armée utilise dans ses publicités à la télé sont plutôt inquiétantes : sur un fond d’un paysage désertique, des jeunes hommes et femmes en plein équipement de combat bougent à travers l’écran – au ralenti – pour faire appel au public de joindre cette mission héroïque de défendre le territoire de la glorieuse République Française.

Lisant « Communautés Imaginés » par Benedict Anderson, considérant la situation floue du monde marqué par la mondialisation des économies, des peuples, des pays et des identités ou surtout pensant à l’histoire du continent européen du 20e siècle, est-ce que le nationalisme devrait jouer un rôle si grand aujourd’hui et dans l’avenir ? Le nationalisme, c’est une des réponses simples aux problèmes complexes. C’est une façon de penser qui rend l’exclusion et la culpabilisation de quelqu’un trop facile et en conséquence ne semble pas apte à s’opposer au fondamentalisme religieux de l’Etat Islamique qui lui aussi est fondé sur la supposition que « les autres ont tort ».

Est-ce que le discours de guerre exprimé par M. Hollande et l’engagement militaire étendu des pays européens en Syrie est vraiment nécessaire ? Est-ce que cela ne pourrait plutôt aggraver la situation ?

Devant le Congrès à Versailles, M. Hollande annonçait que la France était « en guerre » (16 novembre, www.lemonde.fr). Voilà une déclaration qui ne se fait pas inconsidérément – je l’espère. Mais est-ce vraiment une bonne idée ? Au niveau du discours public, cela augmente certainement la peur et où il y a la peur, il y a un grand potentiel d’abus de cette peur à des fins politiques. La peur peut motiver et en même temps justifier des mesures radicales qui ont leurs origines dans une situation si émotionnelle, que – en rétrospective – elles ne considèrent pas suffisamment les arguments rationnels ou les développements à long terme.

Par contre, non seulement au niveau du discours public mais aussi juridiquement, parler de la guerre n’est pas sans dangers : l’expert de loi Prof. Marie-Laure Basilien-Gainche remarque dans une interview avec Le Monde que parler de « la guerre » reconnait l’Etat Islamique comme vrai état car l’expression est juridiquement réservée aux conflits internationaux entre des nations (19 novembre 2015, www.lemonde.fr). Mais refuser à l’Etat Islamique le statut d’un état était la raison pour laquelle les français ont introduit l’expression « Daesh » pour remplacer le nom « Etat Islamique ».

Néanmoins, à un niveau moins abstrait : la guerre veut dire les interventions militaires en Syrie – précisément les bombardements – et ne sert à rien s’il n’y a pas une stratégie pour résoudre le conflit, pour rétablir la paix et pour stabiliser les territoires couramment occupés par « Daesh » ou « l‘Etat Islamique » sur une longue durée. Comme un journaliste du journal Der Tagesspiegel constate: « Bombardieren allein [ist] noch keine Strategie » (24 novembre, Der Tagesspiegel, p. 2).

Et finalement :

Est-ce que les mesures légitimées par l’état d’urgence, p.ex. la surveillance, l’interdiction des rassemblements etc., servent vraiment à protéger la population ou ont-elles le potentiel de mettre en danger les libertés fondamentales des citoyens ?

L’état d’urgence, prorogé à trois mois depuis le 16 novembre, offre beaucoup de pouvoirs aux autorités françaises. En collaboration avec les services de renseignement, on a soi-disant créé un corpus fort pour combattre le terrorisme en France et pour prévenir l’occurrence d’autres attentats.

Pourtant, on a aussi créé un corpus non-transparent centralisant beaucoup de pouvoirs. Voilà une situation qui le rend plus facile d’abuser de ce pouvoir sur la population, particulièrement si on peut aussi instrumentaliser la peur omniprésente. Il faut donc suivre les futurs développements très attentivement pour assurer que la France comme « la patrie des droits de l’homme » (cf. l’annonce de M. Hollande devant le Congrès le 16 novembre cité ci-dessus) sera capable de maintenir ce statu sans répéter les erreurs et les violations des droits de l’homme qui ont été commises par les Etats-Unis à la suite de 9/11.

Mais maintenant, je me demande si ces questions sont vraiment justifiées… Peut-être ce ne sont que des questions d’une personne qui ne vit pas en France et qui – heureusement – n’a jamais dû faire une telle expérience comme les attentats du 13 novembre. Peut-être que mes questions sont justement simples et naïves, loin des réalités du monde ?

Pourtant : ce sont des questions qui demandent des réponses complexes. Des réponses simples et faciles ne suffisent pas, même si elles semblent comme la bonne et peut-être la seule réaction à la peur. Mais bombarder la Syrie sans une stratégie à long terme ne va pas améliorer les choses. La culpabilisation et la criminalisation de l’Islam et plus ou moins de tous ceux qui ne sont pas blancs ne fait qu’augmenter la division de la population et, finalement, la radicalisation des jeunes, musulmans ou pas, ne peut être évitée par un seul renforcement de la surveillance et des contrôles policiers.

Evidemment, je n’ai pas de bonnes réponses à toutes ces questions. Mais peut-être que ces questions peuvent être utiles pour ne tomber dans le piège des réponses faciles qui sont offertes par les courants politique populistes qui ne représentent certes pas le même danger mortel que les attentats à la bombe, mais qui sont dangereux tout de même.

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